The Sadness : pourquoi c’est une sortie si risquée pour le film le plus extrême d’aujourd’hui

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7 juillet 2022

– Mise à jour : 07/07/2022 14:20

Problème (de) mineur

Problème (de) mineur

L’ultra sanglant La Tristesse sort en salles en France. Un véritable « parcours du combattant » en termes de ventes et de promotion.

Nous sommes le lundi 4 juillet, deux jours avant la sortie de La Tristesse sur les écrans français. Dans les bureaux d’ESC, le distributeur, nous attendons un appel qui confirmerait la programmation du film dans quelques salles supplémentaires. On vise même un immense multiplexe, sans grands espoirs. Qu’à cela ne tienne : Victor Lamoussière, en charge du long métrage, est plutôt satisfait : « Nous sommes assez contents […] nous serons à 75-80 exemplaires pour la sortie nationale et c’est un film qui part de très, très loin ».

Et pour cause : lorsque nous avons découvert The Sadness at Strange Festival 2021, nous ne nous attendions pas à ce qu’il sorte en salles avec nous. Dirigé par Robert Jabbaz, un Canadien exilé à Taipei, il s’était forgé une solide réputation après avoir joué au Grimmfest et à Fantasia. L’exemple type du grand tournage gore qui électrise le public des festivals spécialisés… avant d’échouer en France, au mieux en VOD, DVD ou Blu-ray. Et pourtant cette fois, grâce à ESC, elle veut conquérir un public plus large. Mais entre l’acquisition, le classement et l’ascension ce n’était pas un long fleuve tranquille.

Image rare d’un distributeur après la sortie d’un film Gore

« J’ai découvert le film au PIFFF en décembre dernier. Je suis allé à The Sadness tout à fait par accident et j’ai reçu une énorme gifle là-bas. Loin de ce que l’on voit habituellement. Je reviendrai au bureau lundi, j’en parlerai à mes collègues, on sait que le film est libre de droit pour une diffusion en France dans les salles, il y a eu beaucoup de réflexion, de travail pour créer un budget car nous savions que ce serait certainement risqué.

Première difficulté et last but not least : le passage en commission du CNC, l’instance chargée du classement, entre autres. Cette étape obligatoire est un creuset pour les distributeurs accompagnant des oeuvres graphiques, d’autant que l’excitant (et plutôt dur, sans jeu de mots) Pleasure a récemment très bien évité une condamnation de 18+, ayant reçu un moins de 16 ans avec une lettre d’avertissement en seconde instance.

Un plaisir qui a certainement frôlé les moins de 18 ans

Coming soon

Coming soon

La cote « interdit moins de 18 ans » aurait été désastreuse : « J’avoue qu’on était un peu stressés car comme vous le savez, sortir un film moins de 18 ans d’un point de vue distribution et programmation est une mission quasi impossible, tant pour les médias que pour vis-à-vis des exposants ». Dans ce cas, le CES serait intervenu pour contester la décision et aurait pu assurer un minimum de publicité et de visibilité.

La mention des moins de 16 ans avec avertissement, qui n’affecte après tout que quelques films par an, est assez dure à supporter, mais dans le cas de La Tristesse, c’est assez logique : « Bon, les moins de 16 ans avec avertissement, c’est quand même difficile, c’est encore un parcours du combattant. Néanmoins, on ferme moins de portes et on tient cette promesse marketing du film trash, du film violent. »

Et ça n’allait pas très loin : « On soumet le film au CNC, le film passe en commission. Il hésite un premier signalement du CNC entre les moins de 16 ans avec avertissement et les moins de 18 ans. En gros, ils nous avaient dit que c’était 40% de moins de 18 ans, 60% de moins de 16 ans. […] Le CNC regarde le film une seconde fois et là ils confirment avec soulagement que pour les moins de 16 ans ce ne sera pas si interdit avec avertissement On s’en doutait, on savait qu’on n’en aurait pas moins. À partir de ce moment, nous avons notre interdiction, donc nous sommes coincés.

La Tristesse est donc interdite aux moins de 16 ans avec l’avertissement suivant : « La violence continue de ce film peut déranger les spectateurs sensibles ». Cependant, il n’a jamais été question de couper quoi que ce soit, comme cela a été fait en Allemagne avec une sortie beaucoup plus confidentielle. Bonne nouvelle, il pourra sortir en vidéo avec la mention alléchante de « Uncensored ». Merci Rob Jabbaz : En reléguant les violences sexuelles au second plan, il évite une triste fin à cette aventure.

Prochaine étape : la programmation. Grâce au travail d’une programmatrice passionnée, Marie Demart, les passionnés de tripaille n’ont pas à se contenter d’une excursion technique. Evidemment, la notoriété du film refroidit bien des circuits, notamment côté multiplex. Si certains grands groupes ont suivi, d’autres ont fait preuve de plus de retenue.

Victor Lamoussière relativise : « A deux jours de la parution, je dois encore saluer le fait que les exposants ont joué le jeu. Si vous voulez, quand on a acheté le film en janvier, on en a parlé avec mes collègues et on s’est dit : ‘Si on fait 5 à 10 copies, on sera content, le film n’est quand même pas facile.’ Ici, c’est lundi, nous sommes à 75 exemplaires confirmés pour une sortie en salles nationale. » Finalement, le film est sorti dans plus de 84 salles. Une répartition, certes, dans la moyenne basse du parc français, mais assez impressionnante pour un mouvement de ce calibre. Rob Jabbaz lui-même était également heureux de l’exportation de son film.

POUR VOTRE INFORMATION. A partir du mercredi 6 juillet, THE SADNESS sortira dans plus de 84 salles en France……84. https://t.co/VPrT85XFhi

Reste à convaincre le grand public de se précipiter dans les salles. Là encore, la nature du film n’est pas son plus gros atout marketing : par exemple, la presse cinéma n’est pas la même dans le cadre de festivals et d’une sortie nationale. Un magazine comme Mad Movies, habitué à ce type de démonstration (et donc à ce type de proposition), accompagne très logiquement sa publication, en lui consacrant 8 pages, d’une manière que les membres les plus fous de la rédaction d’Écran Large ne se sont pas fait prier. qu’il lui déclare sa flamme. En revanche, les grands quotidiens sont moins aguerris à l’exercice.

Heureusement, The Sadness fait mieux que prévu à cet égard. Certes, Les Inrockuptibles, Libération et quelques autres n’étaient sans surprise pas affectueux, mais certains titres louaient l’audace du film. Pour Premiere c’est « un anti-stress à 100 idées par minute », pour GQ « une expérience cinématographique traumatisante et mémorable », pour 20 minutes « une expérience cinématographique extraordinaire »… De quoi ne pas tenir pour acquis pour compenser une promotion.

Après la présentation presse

Nous en avons payé le prix nous-mêmes lorsque nous sommes allés à la recherche d’une vignette pour notre vidéo : sur les réseaux où le moindre grain de violence reste largement caché, il est difficile de vendre un film dont l’argument principal est que le sang versé sur ses acteurs . C’est comme promouvoir quelque chose… sans le montrer.

« Nous avons réalisé 15 versions différentes de la remorque. Nous avons fait des versions douces, des versions violentes. Sur YouTube on a publié la version violente, sur Facebook et autres réseaux sociaux on a pu publier la version violente, mais là où c’est frustrant on l’a mise en organique. Évidemment, en terme de promo, dès que tu veux faire un petit sponso, dès que tu veux faire un petit tournage de la vidéo, ben après il fallait envoyer des versions ultra-soft et après, à chaque fois on attendait pour savoir si cela allait arriver ou non.